Kokoroe : 得心 ou 心得

kokoroe

Je ne parle pas le Japonais mais j’aime « comprendre » la signification des kanji japonais. Il s’agit de l’une des nombreuses choses que j’ai apprises avec Sensei durant toutes ces années.

Un ami m’a envoyé un commentaire intéressant sur l’expression « Kokoroe ». Kokoroe, “Connaissance”, s’écrit 心得 shin/kokoro + u/toku. Cependant quand on inverse les deux kanji, soit 得心, cela donne « tokushin », ce qui signifie “Compréhension”.
La connaissance est donc également une question de compréhension de la nature et de la vie.
Tout ceci est déjà bien, mais il y a encore mieux !

Le son du premier kanji « toku » dans tokushin peut s’obtenir en l’écrivant avec différents kanji et avoir différentes significations en japonais. Par exemple, nous savons tous que Karate 空手(« main vide » de nos jours) est couramment employé pour désigner Karate 唐手, « boxe chinoise » avant la fin du 19e siècle, quand Funakoshi Sensei en a fait un Budô japonais. Évidemment, un système de combat chinois n’a pas pu avoir été reconnu comme un budô japonais.
Ainsi pour « tokushin », si l’on garde le son tout en changeant le kanji, on obtient trois interprétations intéressantes.

  • « Toku » : 得 est le kanji que nous avons utilisé jusqu’ici, et qui signifie « avantage ou gain ».
  • Il s’agit du premier kanji dans tokushin, mais il suffit de le changer (en conservant le même son) pour obtenir deux autres significations intéressantes :

  • « Toku » : 匿 veut dire bouclier.
  • Ainsi tokushin peut aussi s’interpréter par le fait que notre esprit/cœur constitue pour nous un bouclier, et qu’il nous protège du monde extérieur. Kokoroe, allant d’Omote à Ura, nous protège de ce qui est mauvais.
    À travers une pratique régulière et soutenue, notre niveau s’améliore et nous pouvons développer (toku) l’ »intuitus » (1), ou la conscience et la capacité de percevoir les choses. Nous pouvons être ainsi protégés.
    En allant plus loin, j’ai été très étonné en découvrant cette troisième interprétation.

  • Cette dernière représentation de « toku » 徳 prend le sens de « bienveillance » !
  • Ce nouveau kanji confère une dimension plus profonde au texte de Takamatsu Sensei sur le Jihi no Kokoro. D’ailleurs, d’un point de vue conceptuel, on peut constater que tokushin (écrit Toku no Kokoro 得の心) est similaire à Jihi no Kokoro (慈悲の心).

    Dans l’art du Bujinkan il n’est pas question de guerre ou d’assassinat. Il est plutôt question de paix et ce nouveau Sanshin établi à partir de ces notions de « kokoroe, tokushin et jihi no kokoro », doit nous aider dans notre quête de l’ »esprit de bienveillance », à travers un long apprentissage. La seule manière d’y parvenir est de s’investir entièrement dans l’art. Les grades ne valent rien s’ils ne sont pas accompagnés de compétences. La pratique est la clé, et elle mène à la vraie connaissance : la connaissance du cœur !

    Takamatsu Sensei l’a confirmé quand il écrit : « le développement personnel ne peut s’acquérir qu’à travers une immersion totale dans la tradition martiale en tant que mode de vie. En expérimentant la confrontation avec le danger, la transcendance de la blessure ou de la mort, et en cherchant à connaître ses capacités et ses limites, le pratiquant de Ninjutsu peut parvenir à la force et à l’invincibilité qui permettent de s’égayer à la vue des fleurs agitées par le vent, d’apprécier l’ »amour de l’autre », et de se réjouir d’avoir la paix dans notre société ».
    La paix est notre objectif, et le Ninpô, notre outil.

    Gardons à l’esprit que le « Budô n’est pas exclusivement japonais, mais il est fait par/et pour l’Humain » (« Budô is not made in Japan, it is made in Human », Hatsumi Sensei). C’est pour cette raison que la voie du Bujinkan est ouverte à toute personne dotée d’un cœur pur et bienveillant.

    Notes :
    (1) Voir article « Sonkeishin: Respect » par Arnaud Cousergue

    Article de Arnaud Cousergue, Bujinkan Dai Shihan

    source : Shiro Kuma’s Blog : article « 得心 or 心得 (kokoroe 2) »
    Traduction en français par l’équipe du Bujinkan France