Bugei Hyappan

Bugei Hyappan

Avec Nagato Sensei, nous avons couvert la fin du Takagi Yōshin Ryū Moguri Gata. Puis nous avons commencé le premier niveau du Shinden Fudō Ryū. Mais d’une certaine manière, c’était comme poursuivre avec le même système de combat.

潜り込む, Moguri Kata signifie “se cacher” (mais à la vue de tous). En fait, vous bougez de telle sorte que l’opposant ne puisse pas savoir ce qui va arriver ensuite. Quand nous sommes passés aux kata du Shinden Fudō Ryū, la sensibilité Moguri était toujours présente. C’était un autre exemple du Kehai wo Yomenai (1).

En m’appuyant sur cela, je me suis dit que j’allais tenter d’envisager le Bujinkan d’un point de vue plus global. Les Japonais ont une expression 武芸百般, Bugei Hyappan qui signifie “tous les arts martiaux”. Et pour moi, le dernier kanji est la clé de cette expression parce qu’il signifie “tous” mais aussi “porter”.
La manière dont j’envisage cela est que chaque système de combat est contenu (porté) dans un autre. Nous comprenons ainsi que l’idée derrière Bugei Hyappan est que tous les systèmes de combat sont plus ou moins identiques, ou du moins sont liés entre eux.

Le Bujinkan regroupe 9 systèmes de combat que nous appelons des “écoles” mais qu’il serait peut-être plus approprié d’appeler des “armées”. Les samouraïs d’un clan n’apprenaient qu’un seul de ces systèmes et ne savaient rien des autres systèmes contre lesquels ils combattaient.
C’est la même chose dans les conflits armés modernes. Toutes les armées du monde combattent toutes plus ou moins de la même manière, mais un soldat d’un pays ne s’entraine pas dans les armées des autres pays. Un militaire français ne suivra pas le même entrainement qu’un militaire russe, britannique ou états-unien. Les soldats d’aujourd’hui ne connaissent qu’un seul système de combat, celui de leur pays.

C’était la même chose dans le Japon d’avant l’unification.
Ainsi nous devons garder à l’esprit, quand nous nous entrainons au Bujinkan, que pendant les périodes Muromachi et Azuchi Momoyama, les soldats ne se battaient qu’avec un seul système dans chacune des armées (exceptions faites des regroupements des écoles Koto/Gyokko, puis Takagi/Kukishin qui arrivèrent au cours des âges).

Dans ces temps anciens, l’unification n’avait pas encore été réalisée (elle le sera en 1603 avec Tokugawa Ieyasu). Et chaque Daimyō désireux d’étendre son territoire possédait son propre “maître d’armes” pour entrainer ses troupes. Les techniques devaient prendre en compte les mêmes situations (champ de bataille, chevaux), le même type d’équipement (yoroi, armes), et tous combattaient contre des humains (2 bras, 2 jambes). La seule différence notable est le terrain sur lequel ils combattaient, et pour lequel ils ont d’ailleurs développé des compétences spécifiques. Quand Nobunaga Nobuo (fils du Shogun) se rendit dans les montagnes d’Iga pour forcer la communauté Iga à rallier l’unification menée par son père, il fut facilement vaincu. Les compétences des soldats de Nobunaga en terrain montagneux n’égalaient en rien celles des hommes d’Iga.

Si chaque Ryū a su développer une manière spécifique de combattre en fonction de son environnement géographique propre, ils devaient tous néanmoins faire face aux mêmes difficultés dans le combat en face à face. C’est pourquoi il existe dans les Ryūha des similarités entre de nombreuses techniques. Hier (NDT : 24/07/2014), Nagato nous expliquait que Fūbi du Shinden Fudō Ryū était très similaire à Hitō du Koto Ryū. En voilà l’explication.

À partir du moment où l’on comprend que, en dépit de leur localisation géographique différente, les Samouraïs se battaient tous contre des humains, il devient évident qu’il existe une base commune à tous les systèmes de combat. Cette base commune est l’Humain, Jin. Ainsi, quand vous adaptez le Jin à l’environnement Ten (conditions climatiques) et Chi (terrain), tous les systèmes de combat sont contenus dans chaque Ryū. C’est cela Bugei Hyappan.

C’est je crois la raison pour laquelle Hatsumi Sensei a créé le programme Tenchijin afin de nous donner une plateforme commune pour apprendre les Ryūha. C’est ce que nous appelons les bases. C’est le camp d’entrainement du Bujinkan.

Nagato Sensei nous a montré hier Nichi Geki, la première technique du Shinden Fudō Ryū.
Le Kaname (point-clé) est Koshi Kudaki que l’on retrouve également dans le Chi Ryaku no Maki/Aite to Kumu Kokoro Gamae (aka Hajutsu Kyû Hō). Une fois que vous connaissez le Tenchijin (programme de base), il devient plus facile d’apprendre les Ryûha et de comprendre les aspects spécifiques de chaque système de combat.

Que cela vous plaise ou non, le Bujinkan est un système militaire par essence. Chaque école est une armée. Les techniques ont été conçues pour être enseignées à des enfants de 10 ans (les samouraïs étaient autorisés à rejoindre les combats à l’âge de 15 ans). Et parce que nous avons la chance d’apprendre 9 systèmes de combats différents, nous pouvons voir les connexions qui existent entre eux.

Ce que le Bujinkan nous apprend vraiment, c’est Bugei Hyappan.
Comme Sensei l’affirme : « quand vous pratiquez une Ryūha spécifique, la pratique que vous avez des autres Ryū influence votre compréhension de la technique ».

C’est pourquoi il est important de s’entrainer avec tous les Shihan et de comprendre que chacun d’entre eux étant différent, une même technique ne sera jamais réalisée de la même manière. Et c’est pour cette raison que le Bujinkan est si complet.

Notes :
(1) 気配を読めない, Kehai wo Yomenai :
Kehai けはい : indication, signe, allusion, sous-entendu, présence.
Yomenai 読め ない : lire.

Article de Arnaud Cousergue, Bujinkan Dai Shihan

Source : Shiro Kuma’s Blog : article « Bugei Hyappan »
Traduction en français par l’équipe du Bujinkan France

🌟🌟 Paris Taikai 2016 🌟🌟
Avec Sveneric Bogsäter, Peter King, Pedro Fleitas et Arnaud Cousergue.
Profitez des tarifs « Early Bird » jusqu’au 15 avril
Bujinkan Paris Taikai 2016