Comment utiliser Shikan Ken

shikan ken

Dans les 16 armes naturelles à notre disposition, Shikan Ken est assez particulier. La main n’est ni ouverte, ni fermée. Le Ken change à l’impact, mou et dur en même temps. Lorsque vous l’utilisez, vous ressentez souvent une douleur atroce au moment où vous touchez la cible.

Quand vous regardez la signification dans un dictionnaire, vous obtenez beaucoup de réponses, comme d’habitude en japonais. Mais j’ai trouvé deux définitions qui illustrent assez bien mes propos d’aujourd’hui.

La plus logique est officier 士官, mais une autre définition est 弛缓 qui est synonyme de détendu ! Les officiers de l’armée ne sont pas connus pour être « détendus » mais, lorsque vous apprenez à utiliser Shikan Ken correctement, l’antinomie entre ces définitions disparaît et commence à prendre tout son sens. Je démontrerai cela plus tard.

Historiquement, Shikan Ken a été utilisé pour protéger le bout des doigts dans un combat impliquant 铠 Yoroi (l’armure) et des épées. Comme vous le savez, la protection de la main sur le Yoroi ne couvre pas les deux dernières phalanges. Mais lorsque l’on replie les doigts, ils sont protégés par la plaque métallique recouvrant le dos de la main.

Beaucoup d’autres types de « Ken » peuvent être utilisés dans un combat tels que : Fudô Ken, Happa Ken, Koppô Ken, Shutô Ken, boshi Ken.
Comment ?

不动 Fudô Ken (immobilité) est utilisé pour la frappe directe mais la résistance de la Yoroi le rend problématique pour être efficace, sauf peut-être pour obtenir le déséquilibre de Uke. Les doigts sont aussi bien protégés.

葉っぱ Happa Ken (feuille) peut être utilisé pour pousser ou frapper l’adversaire. Il peut créer une ouverture qui permet d’entrer ensuite avec une autre arme de Hiken Jû Roppo (1). Les doigts ne sont pas protégés ici.

骨法 Koppô Ken (le don) est très limité dans son utilisation même si la protection de la main est constitué de plusieurs plaques, la puissance de coup est limité par la protection (pas d’angle vif possible). Grâce à la protection de la main, vous ne pouvez pas vraiment utiliser l’extension de l’articulation. Les doigts sont protégés.

手刀 Shutô Ken (la main comme une épée) a une utilisation limitée contre un adversaire portant un Yoroi, mais il peut arriver, dans le développement de l’action, après un Shikan Ken. Le pouce prend en charge la plaque de protection de la main et la frappe s’effectue non pas avec la chair mais avec la plaque métallique. C’est pourquoi, dans Shutô, le pouce est au-dessus de la deuxième phalange de l’index.

拇指 Boshi Ken (pouce ou gros orteil) est également utilisable mais sur des cibles molles seulement. Le pouce peut être supporté par les plaques. C’est pourquoi Hatsumi Sensei nous a enseigné trois positionnements différentes du pouce lorsque nous avons étudié le Yoroi Jutsu.

Donc, vous aurez compris maintenant que Shikan Ken est le Ken le plus adapté pour être utilisé dans un combat avec Yoroi. Mais il fonctionne aussi très bien dans votre Taijutsu régulier sans protection.

Où et quoi frapper ? La meilleure façon est de viser le visage de Uke et de frapper l’espace entre le cou, le menpô et le côté du casque. La forme de la main dans Shikan Ken constitue une arme fine qui vous permet de pénétrer sous la protection du casque. Ensuite, vous pouvez suivre l’action en la transformant en Shutô Ken ou Shitan Ken pour faire descendre Uke.

En Taijutsu régulier, le Shikan Ken peut également être utilisé contre quelqu’un qui n’est pas protégé par un Yoroi pour écraser un 急所 Kyusho comme Jakkin ou Kage, ou bien simplement utilisé pour appliquer une forte pression sur un joint, la gorge ou tout autre point faible. En fait, il y a beaucoup d’utilisations possibles.

Mais si ce Ken est si efficace alors pourquoi est-ce qu’à chaque fois que nous essayons de l’utiliser, nous nous retrouvons avec des douleurs dans les articulations des doigts quand nous frappons la cible ?

Il y a longtemps, quand je débutais avec ce Shikan Ken, c’était un gros et douloureux problème pour moi. Chaque fois que je frappais Uke avec Shikan Ken, je ressentais de la douleur comme si mes doigts se pliaient trop et étaient à la limite de se briser.

J’ai fait de mon mieux pour ne pas penser au résultat prévisible et douloureux, mais sans succès. Et comme beaucoup d’entre vous, j’ai commencé à jeter Shikan Ken et à l’utiliser uniquement à des fins culturelles (répétant le Hiken Jû Roppo). C’était comme ça jusqu’à ce que je décide de demander directement à Hatsumi Sensei comment le faire correctement … Sur cette planète s’il y a quelqu’un sachant ce qu’il doit en être, c’est Sensei. Et il répondit. Sa réponse était si simple que je me sentis stupide. La voici.

Quand vous frappez votre adversaire avec Shikan Ken, le Ken démarre en Fudô Ken détendu (la seconde définition : relaxation), puis c’est sur l’impact que vous devez étendre les doigts et la main dans un certain angle, et bander tous les doigts dans le processus. Si vous essayez comme cela lors de votre prochain cours, vous verrez qu’il n’y a plus de douleur.

D’après mon expérience, c’est l’angle de la main qui est le secret.
En créant un angle dynamique, vous tendez les muscles de votre main, les tendons sont sécurisés et les os sont maintenus en place.

Mais rappelez-vous toujours de commencer Shikan Ken avec un poing détendu et ensuite de tendre à l’impact.

Les bases sont appelées bases, car elles sont le fondement sur lequel vous construisez un Taijutsu puissant. Et pour connaître vos bases, vous devez chercher sans fin et demander à une personne qualifiée. Et la personne la plus qualifiée dans le Bujinkan est notre Sôke Hatsumi Sensei.

Note :
(1) Selon le programme, Sensei a utilisé « Hoken Jû Roppô » (16 principes d’armes) ou « Hiken Jû Roppô » (16 armes cachées), donc les deux sont corrects.

Article de Arnaud Cousergue, Bujinkan Dai Shihan

Source : Shiro Kuma’s Blog : article « How To Use Shikan Ken? »
Traduction en français par l’équipe du Bujinkan France