De 10ème à 13ème Dan en quelques minutes

10 dan 13 dan

« Il faut plus qu’un solide corps, il faut le cœur et l’âme qui l’accompagnent. » Épictète

Aujourd’hui, Hatsumi Sensei était en retard pour le cours (NDT : 06/12/2015). J’ai donc été chargé de commencer le cours sans lui. Ce n’est pas la première fois que cela m’arrive mais je dois admettre que sa confiance est toujours une fierté pour moi.

Lorsqu’il est arrivé, il a poursuivi avec le feeling du Mutō Dori et nous avons fait des variations sans arme, avec le sabre, et avec le Bō. Certains mouvements ont été faits en Sannin Dori. Le Dôjô était plein, les mouvements avec les armes longues n’étaient pas évidents à réaliser, mais on a fait avec.

Sensei bougeait son corps de sorte que Uke soit toujours mentalement incapable de contrer. Comme il l’explique depuis que je suis arrivé, le Ninpō Taijutsu n’est pas seulement physique, il est aussi mental. Un de ses Uke l’a bien expliqué : « lorsque j’ai attaqué, mon esprit était concentré sur sa main droite avec laquelle il faisait Omote Gyaku. Quand son coude gauche m’a frappé, je ne l’ai pas vu arriver ».
Les mouvements de Sensei sont si subtils que nous nous focalisons toujours sur un point et nous sommes systématiquement terrassés depuis un autre angle.

Mais le Kaname du jour n’était pas le cours, mais plutôt ce qui s’est passé pendant ce cours. À un moment, Hatsumi Sensei a demandé à un élève de venir l’attaquer. Apparemment, c’était la première fois pour lui qu’il était désigné comme Uke par Sensei. Au début, il n’a pas bougé. Après que Sensei lui ait demandé une seconde fois de le joindre au centre, il s’est retourné deux fois pour vérifier à qui il s’adressait. Finalement, toujours hésitant, il s’est levé. On pouvait lire la surprise et l’incrédulité dans son regard.

Toujours hésitant, il a attaqué Sensei et a été aisément vaincu. Lorsqu’on lui a demandé d’expliquer ce qu’il avait ressenti, il a répondu : «  j’étais tellement surpris que je n’ai pas pu attaquer correctement ».

J’ai parlé avec lui à la fin du cours et il m’a dit que jamais, au cours de ses nombreuses années d’entrainement, il n’aurait pensé être un jour le Uke de Sensei. C’était mignon.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Peut-être 10 minutes plus tard, Sensei s’est assis à l’autre bout du Dōjō, a arrêté le cours et lui a demandé son grade, son pays et depuis quand il s’entrainait. “Uke”, encore tout remué de son expérience, semblait une nouvelle fois perdu, et a dit d’une petite voix : « 19 ans, Allemagne, 10ème Dan ».

Le cours a repris, puis Sensei s’est assis près de lui et a appelé Furuta San. Ce dernier est revenu avec un papier et un stylo. Sensei s’est tourné vers “Uke” et a dit : « 13ème Dan ! Furuta San, prends son nom et les renseignements habituels ». Vous auriez dû voir ses yeux quand finalement il a compris qu’il venait de passer de 10ème à 13ème Dan en l’espace de quelques minutes. Il était encore plus perdu que lorsque Sensei l’avait désigné comme Uke. Je me demande toujours ce que Sensei et les Shihan japonais voient que nous ne voyons pas.

C’est la beauté du système de gradation de Sensei. Les grades ont peu de valeur si vous ne vivez pas pour eux. Mais être promu de la sorte par Sōke est un grand honneur. Je suis sûr que son professeur en sera fier, comme je le serais. Lorsque je suis au Japon et que mes élèves sont promus par Sensei, j’y vois toujours une reconnaissance de mon travail d’instructeur.

À la fin du cours, Sensei a récompensé trois Jūgodan avec le titre de Yūshū Shihan, et un autre Jūgodan avec le Shingitai. (1) Il nous a ensuite parlé des grades et des récompenses. « Dans le Bujinkan, les titres et les grades que vous recevez ne vous sont pas donnés après mais avant que vous les méritiez », nous a-t-il dit. De trop nombreux pratiquants semblent l’oublier. Les grades et les titres sont donnés a priori et non pas a posteriori. Il vous appartient ensuite d’accroître vos compétences pour les mériter.

En août dernier, Sensei a dit à Daniel Hernández qu’il n’y aurait que douze Dai Shihan. (2) Tous les autres recevront le titre de Yūshū Shihan, c’est-à-dire “Shihan important”. (3)
Comme vous le savez, à l’instar de la majorité des “Jurassic Ninja”, j’ai reçu tous ces titres. J’ai pour habitude de dire que j’ai toute la collection. (4)

Mais le diplôme de Shingitai est celui que je préfère. Le Shingitai récompense les trois étapes de développement de l’élève : Esprit, Technique et Corps. (5) S’il est assez aisé d’avoir le Gi et le Tai, le Shin est le plus dur.

C’est pourquoi je suis parfaitement d’accord avec Épictète : « Il faut plus qu’un solide corps (et les aptitudes techniques), il faut le cœur et l’âme qui l’accompagnent. »

Notes :
(1) Les 4 Jūgodan qui ont été diplômés pendant ce cours : Yūshū Shihan : Marcelo Ferraro (Argentine), Juan-Manuel Gutiérrez (Argentine), Paul Fisher (États-Unis). Shingitai : David Palau (Colombie).
(2) Les 12 Dai Shihan désignés par Hatsumi Sensei : Noguchi (Japon), Nagato (Japon), Senō (Japon), Pedro (Espagne), Paco (Espagne), Sven (Suède), Peter (Royaume-Uni), Arnaud (France), Phil (États-Unis), Par (États-Unis), Jack (États-Unis) et Daniel (Argentine).
(3) Yūshū : 優秀/ Yuushuu : supériorité ; excellence. Selon ma compréhension, ces deux titres (Yūshū Shihan et Dai Shihan) ne diffèrent que sur le potentiel degré de responsabilité.
(4) Plus de détail sur : Arnaud Cousergue Bujinkan
(5) 心技体/ Shingitai : (sumo) les trois qualités du lutteur : cœur, technique, physique. 技, Gi se lit aussi comme Waza.

ninjutsu hatsumi masaaki

Article de Arnaud Cousergue, Bujinkan Dai Shihan

Source : Shiro Kuma’s Blog : article « 10th Dan To 13th Dan In A Minute! »
Traduction en français par l’équipe du Bujinkan France

Bujinkan Paris Taikai 2016