Dōshin Ikkan Suru

Doshin Ikkan Suru

Nous avons de nouveau travaillé de nombreux mouvements de sabre pendant le cours d’hier soir (NDT : 25/07/2014) avec Hatsumi Sensei. J’apprécie vraiment la simplicité de ses mouvements même s’il est très difficile de les reproduire en bougeant comme le fait Sensei, c’est-à-dire tel un fantôme. J’ai eu l’honneur d’ouvrir le cours et j’ai fait un mouvement sans force de taijutsu, que Hatsumi Sensei a ensuite amélioré en utilisant le sabre.

Depuis Tōsui no Kamae (jambe gauche en avant), Hatsumi Sensei s’est tranquillement déplacé sur sa gauche avec l’attaque du sabre et a réalisé une frappe façon Shutō avec le sabre pour frapper l’arrière droit du cou de Uke tout en continuant à marcher. La distance et le timing étaient impressionnants.
Il a insisté sur le fait qu’il ne faut pas essayer de couper Uke mais plutôt de le frapper. En utilisant le sabre non pas comme un sabre mais davantage comme un tige en métal, cela crée une ouverture sur le cou de Uke depuis l’extérieur. Hatsumi Sensei utilisait un sabre souple en mousse, mais c’était comme être frappé par un camion !

Puis encore depuis le même Kamae, Sensei a réagi en plaçant son sabre juste en dessous du poignet droit de l’attaquant et en amortissant l’attaque tout doucement. Puis, par une simple rotation de son arme sur le point de contact, il a frappé (sans couper) le côté gauche du cou de Uke comme s’il portait un shūto avec le sabre. C’était également très puissant. (1)

Ces deux premières techniques ont donné le ton pour tout le reste du cours. Ces techniques étaient le Omote et le Ura de cette soirée, et il a ensuite joué avec, en les adaptant au Mutō Dori, au Bōjutsu et au Hanbō Jutsu (qu’il a appelé “Sanshaku Bōjutsu” hier soir).

Mon partenaire d’entrainement était Rob Renner et j’ai vraiment apprécié de m’entrainer avec quelqu’un qui comprend quand Hatsumi Sensei parle. Son approche du Bujinkan est assez proche de la mienne (en termes de bio-mécanique), et notre entrainement a été à la fois très agréable et très productif.

Dōshin Ikkan SuruPendant que Rob et moi nous nous entrainions, Hatsumi Sensei est venu vers nous. Il nous a expliqué qu’en ne montrant pas notre force (en nous déplaçant, en amortissant l’attaque doucement, en n’essayant pas de couper), nous pouvons générer de mauvaises techniques de contre chez Uke. Cela ouvre alors un nouveau Kūkan dans lequel vous pouvez entrer et prendre le dessus sur l’opposant. Le combat est habituellement quelque chose de dur ; en ne montrant aucune force, vous détruisez le schéma de réaction habituelle de l’opposant, et vous le laissez se tuer tout seul.

Hatsumi Sensei nous a dit que nous devions jouer comme de jeunes enfants. Il était vraiment comme un enfant hier soir. Et la calligraphie qu’il a faite pour moi pendant la pause représentait exactement cela : “Dōshin Ikkan Suru”, ce qui signifie “bougez et comportez-vous comme un enfant”. Cette approche “enfantine” dans le combat perturbe la logique de Uke qui est alors tellement perdu qu’il va surréagir.

En abandonnant nos intentions et en agissant comme si nous n’avions aucune idée de ce qui se passe, nous créons un Kūkan que Uke va chercher à remplir. Et c’est ce qui va le faire échouer.
Comprenez bien qu’il ne faut pas chercher à conduire Uke à la défaite, Uke le fait par lui-même. En bougeant seulement avec le corps et en utilisant le sabre d’une manière non-conventionnelle pour Uke, nous lui apparaissons comme ignorant et incompétent, et nous conduisons Uke à surréagir et à perdre le combat.

Nous avons été témoin hier encore d’un Budō de haut niveau. Merci Sensei pour cette soirée extraordinaire.

Notes :
(1) Quand vous êtes Uke pour Sensei, vous avez plus de chance de comprendre ce qu’il est vraiment en train de faire. N’hésitez pas à lui demander de faire la technique sur vous. Parfois il le fera, parfois non, ce n’est pas important en soi. Ce qui est important c’est d’arrêter d’essayer de comprendre les choses de manière virtuelle, mais plutôt de prendre les informations avec votre corps. Le Bujinkan ce n’est pas de la théorie, c’est de la pratique pure.

Article de Arnaud Cousergue, Bujinkan Dai Shihan

Source : Shiro Kuma’s Blog : article « Dōshin Ikkan Suru »
Traduction en français par l’équipe du Bujinkan France

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Avec Sveneric Bogsäter, Peter King, Pedro Fleitas et Arnaud Cousergue.
Bujinkan Paris Taikai 2016