Fuyū, Asobi : Suspension et Baseball

Fuyû, Asobi

Ce que j’adore avec les cours de Senō Sensei, c’est que j’y apprends toujours de nouvelles façons de faire ce que nous faisons. Comme tous les élèves qui sont là depuis 25 ans, je connais plutôt bien les formes. Ce que j’ai encore besoin d’apprendre se cache dans les détails. La vie c’est l’apprentissage, et ses cours sont pleins d’enseignements. Et c’est précisément pour m’améliorer que je vais m’entrainer trois fois par an au Japon.

Aujourd’hui (NDT : 05/12/2015), j’ai appris deux choses :

1. Il y a plus qu’une séquence type “1, 2, 3” dans une technique ;

2. Ce que nous devons créer est Fuyū (1), un point de suspension dans lequel Uke est piégé par sa propre force.

Aujourd’hui, Senō Sensei a expliqué que dans une technique donnée type “1, 2, 3”, il y a plus que ces trois étapes. Entre “1 et 2” et “2 et 3”, il y a de nombreux points techniques cachés. Ce sont les détails qui changent tout, et rendent votre Taijutsu puissant et sans effort en même temps.

Le corps réagit comme un tout car distance, angles et rythmes sont travaillés lentement jusqu’à devenir parfaits. À l’instar de ce qui a déjà été dit pendant mon séjour par Hatsumi Sensei et Nagato Sensei, il est nécessaire de bouger lentement pour pouvoir dérouler le fil des possibilités.

Son Uke a attaqué avec une attaque de type Gyokko Ryū : coup de poing droit, suivi d’un coup de pied droit. Senō Sensei a reculé en ligne avec le poing de l’adversaire, en ayant simplement un léger contact avec la main. C’était un simple double pas en slow motion, qui a suffit à le mettre hors de portée (Juppō Sesshō). La cible étant toujours atteignable, cela déclenche l’envie pour Uke de continuer à attaquer avec un coup de pied du même côté. Sans effort, Senō Sensei a pivoté de chaque côté, il a parlé de Kosshi (2), et a pris la jambe avec sa jambe droite. Au même moment, il contrôlait la main d’attaque en l’amenant délicatement vers la gauche. Cela s’est terminé par Uke tombant sur le dos. Vu de l’extérieur, c’était comme si Uke avait glissé sur une peau de banane. C’était simple et efficace.

Après quelques tentatives, Uke a commencé à faire attention au poids de son corps et a donc été capable de maintenir son équilibre. C’est là que les détails deviennent tout.

Lorsque cela arrivait, Senō Sensei plaçait la main sur sa ceinture et se rapprochait en direction de Uke, se protégeant du coude avec son avant-bras droit. Il n’y avait pas de saisie, simplement des pressions sur le corps. Nous avons ensuite passé un long moment sur ce contrôle. Il a expliqué qu’en tournant légèrement les os de son bras avant, il était possible de prendre l’équilibre de Uke sans forcer. Ça a marché.

Je sais que cela doit être difficile à visualiser mais je vous invite à l’essayer sur les tatamis lors de votre prochain entrainement. Essayez plusieurs angles et, je l’espère, vous comprendrez.

L’autre point intéressant aujourd’hui était Fuyū, suspension. (1)

Senō sensei a expliqué que les réactions de notre corps doivent créer un état de gravité suspendue. Quand Uke commence à penser, il est trompé par votre corps (techniquement, il pense qu’il peut vous atteindre), et c’est à ce moment-là que vous devez lâcher. C’est la véritable signification de Kokū (3).

Chaque fois que cela est possible, rompez le contact avec votre adversaire pour créer ce vide. Hatsumi Sensei a dit que c’est la véritable signification de Nin, persévérer. (4)

Persévérer n’est pas résister, mais bien plutôt être suffisamment brave pour attendre jusqu’à la dernière seconde. C’est l’essence du Mutō Dori, le thème de cette année. En positionnant le corps doucement à la distance exacte et à la dernière seconde, vous créez un état de transition. Uke ne se rend pas compte qu’il perd son équilibre et qu’il doit utiliser plus de force pour le retrouver. Quand il s’en rend compte, il est déjà trop tard.

C’est Fuyū.

Senō Sensei a ajouté que nous devions jouer (Asobi) avec le ressenti de Fuyū. Mais quand on regarde les Kanji, on voit que Fuyū est composé de “Fu + Asobi”, flotter + jouer (5).

En baseball, Asobi c’est « envoyer intentionnellement une balle pour déconcentrer le batteur ».

C’est exactement ce que Senō Sensei veut que nous fassions : réduire la concentration de l’adversaire en créant un état de suspension.

Notes :
(1) 浮遊 / Fuyuu : flottant ; suspendu ; suspension.
(2) Kosshi est la colonne vertébrale et symbolise l’axe vertical de pivot du corps (Gyokko Ryū).
(3) 虚空 / Kokuu : espace vide ; ciel vide.
(4) 忍 / Nin : endurance ; persévérance ; patience.
(5) 遊ぶ / Asobu : jouer ; apprécier quelqu’un ; avoir du bon temps | avoir des problèmes (avec l’alcool, le jeu, etc.) |être ralenti ; ne rien faire ; être inutilisé | aller à (pour le plaisir ou pour les études) | (baseball) lancer intentionnellement une balle pour déconcentrer le batteur.

Article de Arnaud Cousergue, Bujinkan Dai Shihan

Source : Shiro Kuma’s Blog : article « Fuyû, Asobi: Suspension and Baseball »
Traduction en français par l’équipe du Bujinkan France