Gyokko Ryū vs Noguchi Ryū

gyokko noguchi

Noguchi Sensei est très bon dans beaucoup d’écoles mais sa compréhension du Gyokko Ryū est la meilleure. Sauf erreur de ma part, je pense que tout son Taijutsu est largement influencé par la profondeur de cette école.

Lors de son dernier cours (NDT : 03/12/2015), nous avons de nouveau vu le premier niveau du Gyokko Ryū : Kokū, Renyō, Gyaku Nagare, Dan Shu, Dan Shi, etc. Encore une fois, cela a nécessité beaucoup d’attention de ma part pour lire ses mouvements. Son Taijutsu est tellement éloigné des formes du Densho que bien souvent je suis incapable de reconnaître la technique originale.

Chaque technique de base est “déconstruite” pour en faire quelque chose de différent. Seul le Kaname (1) reste. La forme a disparu.

Rien n’est “fini” et Uke ne peut se fier à ses sensations. Uke est mis en échec par ses illusions. D’une certaine manière, c’était la continuation du précédent cours que nous avons eu avec Hatsumi Sensei pour son anniversaire. La façon dont Noguchi Sensei se déplace est un piège. Lorsqu’il annonce une technique, nous nous attendons à une forme donnée. Lorsqu’il la fait, quelque chose de différent surgit, tellement éloigné de la forme basique que nous sommes piégés par ce que nous attendions. C’est de la pure manipulation, comparable à ce que font les magiciens pendant leurs tours.
De façon assez amusante, les choses seraient plus faciles pour nous si nous ne connaissions pas les techniques qu’il annonce. Je pense que les débutants, grâce à leur manque de connaissance, ont moins de problèmes que nous.

C’est la raison pour laquelle j’apprécie particulièrement ses cours parce qu’ils questionnent ma compréhension de cet art. Je suis perdu et heureux en même temps. Ce que nous montre Noguchi Sensei est la fameuse “étape suivante” dont Hatsumi Sensei nous a parlé lors du dernier cours. Être capable de voir de la nouveauté dans les techniques que nous avons répétées pendant des années est la raison pour laquelle je m’entraine trois fois par an au Japon.

Durant la seconde partie du cours, nous avons fait du Bō Jutsu. Nous avons fait le niveau Chūden du Kukishin Ryū. Ou plutôt c’est ce qu’il voulait nous laisser croire. Mais son interprétation était clairement orientée Gyokko Ryū. Les jeunes membres du Bujinkan ne s’en sont peut-être pas rendus compte, mais en 2005 nous avons étudié le Bō Jutsu du Gyokko Ryū, en utilisant les techniques du Kukishin en guise d’illustration. (2)

Comme je l’ai dit en introduction, Noguchi Sensei est l’homme du Gyokko Ryū et cela illumine tout son Taijutsu d’une façon vraiment particulière.

Cela a tout son sens. Comme Hatsumi Sensei l’a écrit dans “Unarmed Fighting Techniques of the Samurai“, le Gyokko Ryū est à l’origine de tous les Budō japonais. Dès lors, maîtriser cette école permet de comprendre le Budō.

J’aime vraiment le Noguchi Ryū. (3)

Notes :
(1) 要 / Kaname : pivot | point vital ; clé de voûte.
(2) En 2005, nous avons étudié Kasumi No Hō et le Gyokko No Bō. C’était la troisième année de la série Juppō Sesshō. La principale différence dans l’usage du bâton long est que les mains sont souvent placées en son centre plutôt qu’à son extrémité. Il n’y a pas de Densho de Bō Jutsu en Gyokko Ryū.
(3) Un jour, j’ai posé à Hatsumi Sensei cette question : « Quand je viens au Japon, j’ai l’impression que j’apprends le Bujinkan avec vous mais aussi le Noguchi Ryū, le Nagato Ryū, le Senō Ryū, et le Oguri Ryū. Ai-je raison ? » Il a répondu : « oui ! ».

Article de Arnaud Cousergue, Bujinkan Dai Shihan

Source : Shiro Kuma’s Blog : article « Gyokko Ryū vs Noguchi Ryū »
Traduction en français par l’équipe du Bujinkan France