Hagaijime, etc.

Hagaijime

Je suis entré dans le Dôjô et seuls étaient présents 16 participants ; c’était un luxe. J’ai tellement l’habitude de voir le Honbu rempli qu’être en si petit nombre, c’est comme avoir un cours privé.

Pour une raison que j’ignore (peut-être la chaleur de l’été), seul un petit groupe avait décidé de venir au cours de Noguchi Sensei.

Comme à chaque fois avec lui, les 90 minutes ont été intenses. Nous avons vu le premier niveau du Shinden Fudō Ryū, et j’étais perdu après quelques minutes.

Noguchi Sensei est si créatif dans son interprétation des techniques qu’il est souvent impossible de les reproduire sans penser. C’est comme redevenir un débutant. Et encore une fois, j’ai beaucoup appris.

Ce que j’aime avec Noguchi Sensei, c’est que chacun de ses cours est un Sanshin : vous approfondissez les choses que vous connaissez, vous revoyez les concepts qu’il a enseignés dans le passé et vous découvrez de nouvelles choses.

Je peux résumer le Sanshin du cours en trois mots : Ō Gyaku, Yorimodori, Hagaijime.

Approfondir

Lorsque vous vous entrainez depuis plusieurs décennies, vous pensez naïvement connaître vos bases. Ce n’est pas le cas.

Jusqu’à hier, je pensais que dans Gekkan le Ō Gyaku était une technique d’épaule dans laquelle vous soulevez le bras tendu en bloquant l’épaule de façon presque verticale pour amener Uke au sol.

Si c’est là la forme basique, j’ignorais que l’on pouvait aussi faire Ō Gyaku quand le bras tendu est positionné horizontalement derrière le dos de Uke. J’aurais dû le savoir puisque le blocage de l’épaule est le même. Seuls les angles changent.

Lorsque vous l’utilisez, l’équilibre de Uke est pris latéralement et cela l’empêche d’aller doucement au sol. Essayez-le à votre prochain cours.

Revoir

Avec Setsu Yaku, nous avons revu le concept de Yorimodori.

C’est un mouvement type “bas-haut-pousser-tirer” qui a la forme d’un “8” horizontal et que vous appliquez sur le bras d’attaque. Uke est déséquilibré et son corps s’enroule autour du vôtre avant de tomber. C’est très technique et joli à regarder. C’est encore mieux lorsque vous finissez par y arriver. Le timing doit être parfait pour que ça fonctionne. Ça été un vrai plaisir de le revoir.

Découverte

Noguchi Sensei a introduit un nouveau concept (ou du moins je ne le connaissais pas). Il l’a appelé Hagaijime (1).

Sur une des techniques du Shinden, Noguchi Sensei maintenait Uke en bloquant son épaule et son coude. Uke était penché en avant avec ses bras étendus et en blocage (le corps en forme de “T”). Un bras en haut bloqué par le cou et un bras en bas contrôlé par les jambes de Tori avec une sorte de blocage articulaire fait par le corps.

Nous l’avons fait de face et ensuite par l’arrière, gardant cette fois les bras tendus derrière, dans une sorte de Ryō Ude Jime. En face (T) ou dans le dos (Ude Jime), Uke était incapable de rouler et atterrissait chaque fois par terre, tête la première. Évidemment nous ne l’avons pas fait jusqu’à la fin.
Tout est venu sans effort, le mouvement du corps enroulant Uke à travers la fluidité du corps.

C’était en effet un cours intéressant et revoir le premier niveau du Shinden encore une fois a été rafraîchissant. J’ai fait toutes ces techniques de nombreuses fois depuis mes premiers voyages ici en 1990. Et je suis reconnaissant envers les Shihan japonais d’avoir tant de créativité, nous donnant plus de profondeur pour comprendre la technique.

Hier, Nagato Sensei a parlé de Kimatenai (2), “rien n’est décidé” ; cela est aussi valable pour des techniques spécifiques. Une fois que vous en connaissez les étapes (Omote), le niveau suivant est d’avoir le Ura, casser la forme et rendre le Kaname vivant, de façon différente pour survivre. Parce que dans un combat réel, “rien n’est décidé”.

Notes :
(1) 羽交い絞め /Hagaijime : lier ; joindre les bras derrière le dos.
(2) 決まる / Kimaru : être décidé ; être établi ; bien paraître (avoir bon look) + ない / Mai : ne pas ; suffixe emphatique.

Article de Arnaud Cousergue, Bujinkan Dai Shihan

Source : Shiro Kuma’s Blog : article « Mi Hagaijime Etc…  »
Traduction en français par l’équipe du Bujinkan France