Inryoku : Attraction

arnaud cousergue noguchi

Assister à un cours de Noguchi Sensei est toujours un bon moment. Pour moi, c’est semblable, à bien des égards, à un très bon dîner dans un grand restaurant de Paris. Son Taijutsu est plein de saveurs, très raffiné, élégant et chic, et je me sens toujours triste quand c’est fini.
Je suis un étudiant comme les autres, et parfois, même au Japon, je n’ai pas envie d’aller à l’entrainement. Je le fais, mais parfois à contrecœur.
Mais quand sa classe commence, tout à coup vous vous sentez heureux tellement sa joie est visible. Après la classe, vous vous sentez plus reposé qu’en arrivant.

Son interprétation du Bujinkan s’exprime au travers des sensations, et le cours du soir (NDT : 21/03/2013) était dense, innovant et il a changé (encore une fois) ma compréhension du Budō.
Mais si vous avez déjà assisté à une de ses classes, vous savez exactement ce que je veux dire.
Ce soir, une équipe de télévision était là, ce qui a ajouté un certain rythme à une classe qui habituellement n’en manque pas. En 90 minutes, Noguchi Sensei crée un monde de possibilités et un nombre infini de variations. Il ne fait pas une technique, il est la technique.

Nous avons couvert quelques-unes des techniques du Takagi Yoshin Ryū pendant la classe. Aucune de ces techniques du Shoden no kata n’étaient nouvelles pour nous : kasumi dori, dō gaeshi, karame dori, kyoto, katamune dori, oikage dori, iki chigae, ransho, kobushi nagashi. Mais ce qui était nouveau, c’était la façon de les réaliser. Noguchi a plus que jamais le 引力 Inryoku (principe de l’attraction). Chaque technique a été faite de telle manière que Uke a été « aspiré dans la pire situation possible ». Chaque action qu’il faisait le conduisait dans un piège.

Ce concept de Inryoku représente, avec les concepts de 重力 Jûryoku (gravité) et de 磁力 Jiryoku (magnétisme), les trois clés pour comprendre le Gyokko ryū Kosshijutsu. Ces 3 concepts m’ont beaucoup appris en 2001, pendant l’année du Gyokko Ryū.

Mais c’est une chose de découvrir un jour l’existence de quelques concepts, et c’en est une autre de pouvoir constater leur évolution 12 ans plus tard. Et c’est exactement ce que nous avons vu ce soir. La façon dont Noguchi Sensei piège son adversaire est tout simplement incroyable. Comme d’habitude, il n’y a pas de coup, pas de douleur infligée. Uke est déstabilisé non pas en utilisant des mouvements forts, mais en créant l’illusion de ces mouvements forts. Uke réagit à la douleur qu’il “sent” venir et les tensions consécutives créent un Kūkan dans lequel il tombe à chaque fois. De l’extérieur, Uke semble comme avalé par un trou noir.

Ce Inryoku transforme n’importe quel mouvement en un piège mortel pour Uke. Noguchi Sensei, en alternant les fausses tensions avec une attitude totalement détendue du corps, crée une situation où Uke ne comprend pas ce qui se passe et se précipite dans le piège.
Être en mesure d’attirer Uke n’est pas facile au début, mais après avoir répété ces mouvements avec lui durant de nombreuses années, on devient capable de l’exprimer. Ceci est le réel 虚 実 Kyojitsu, alternant mensonge et vérité, et c’est aussi là l’essence du Ninpō d’Hatsumi Sensei.
L’attraction est créée en déplaçant légèrement le corps à une vitesse lente qui ne peut être perçue dans le temps par le cerveau de Uke et en émettant des intentions fausses si fortes que Uke ne peut éviter d’y réagir. C’est l’application pratique de la proprioception (1) tel que défini par les scientifiques.

Mais Noguchi Sensei n’utilise pas seulement l’attraction dans le Budō. Il est un brillant homme, plein de joie et de lumière. Assister à ses cours est le meilleur remède que je connaisse pour se sentir mieux quand la vie est difficile.

Merci Sensei pour votre magnétisme et le partage de votre vision du Budō.

Notes :
(1) Page Wikipedia sur la Proprioception

Article de Arnaud Cousergue, Bujinkan Dai Shihan

Source : Shiro Kuma’s Blog : article « Inryoku: Attraction »
Traduction en français par l’équipe du Bujinkan France