Kansoku et Kankaku

kansoku ninjutsu

« L’observateur humain constitue le dernier maillon de la chaine dans le processus d’observation, et les propriétés de tout objet atomique ne peuvent être comprises qu’en termes d’interactions entre les objets et l’observateur. » – Fritjof Capra, in “The Tao of Physics”

Bien que je ne sois pas un scientifique, je vois de plus en plus de connexions entre notre Budō et le monde de la physique quantique. Pendant le cours de Nagato Sensei, c’était évident, une fois encore, chaque mouvement étant une réaction naturelle aux intentions de Uke. La façon dont vous “observez” la situation influence l’issue du combat.

Nous pouvons reformuler la phrase précédente de la façon suivante : « Tori est l’observateur qui constitue le dernier maillon de la chaine dans le processus d’observation, et les propriétés de chaque mouvement ne peuvent être comprises qu’en termes d’interactions avec l’observateur ».

Rachel, un nouveau Shidōshi venant des États-Unis, a démarré le cours avec un Omote Gyaku (un peu semblable à celui de Hatsumi Sensei), puis Nagato Sensei l’a décomposé en plusieurs variantes. Quand Nagato a pris Rachel comme Uke, chaque attaque qu’elle donnait était différente de la précédente. Mais à chaque fois Nagato Sensei, sentant ces subtils changements, était capable de les transformer en Omote Gyaku.

Clairement, il observait sans intention, et était par conséquent capable de réagir en accord avec la nouvelle situation. Hatsumi Sensei dit souvent qu’il « ne fait jamais deux fois la même technique ». Nous en avons été témoins hier.

Dans le combat, Tori est “Kansokusha”, l’observateur, c’est-à-dire qu’il est passif et n’a pas d’intention (1). Tori bouge lentement et déroule les possibilités offertes par Uke.
Nagato Sensei a une nouvelle fois parlé de l’importance de ne pas utiliser de force (2), et de bouger lentement. C’est pourquoi, si les mouvements de Tori sont Kansoku (観測), une simple observation, ils sont également Kansoku (緩速), à vitesse lente (3).

La technique réalisée n’a pas d’importance. Elle est déterminée par les attaques de Uke. Elle ne peut donc être un choix préconçu. Le fait d’aller lentement, allié à la distance adéquate, dévoilera les possibilités.

Pour aller plus loin, Nagato Sensei a appliqué la même dynamique au Hanbō. Le Omote Gyaku d’origine est devenu un Oni Kudaki, puis un Musha Dori. Mais il continuait à l’appeler Omote Gyaku.

« Il n’y a pas de technique » a récemment dit Hatsumi Sensei, « seulement un mouvement naturel adapté à la situation ».

Ces derniers temps, je vois les “Waza” comme la plus grande faiblesse des pratiquants du Bujinkan.
Parce que l’on veut faire, on arrête d’observer et on ne peut plus interpréter les subtils changements qui s’opèrent devant nos yeux. En voulant faire une technique, on n’est plus capable d’observer. Sans observation, il n’y a plus de conscience. Et sans conscience, on ne peut s’adapter librement à la situation.

Le Budō de Hatsumi Sensei n’est pas une question de techniques, il s’agit de la vie. C’est seulement lorsque nous devenons 観測者 (Kansokusha), un observateur, que l’on peut devenir 感覚者 (Kankakusha), un être de sentiments (4).

Notes :
(1) 観測者 / kansokusha : observateur.
(2) 力 / chikara : force ; vigueur ; énergie.
(3) 緩速 / kansoku : vitesse lente.
(4) 感覚 / kankaku : sensation, sentiment, intuition.

Article de Arnaud Cousergue, Bujinkan Dai Shihan

Source : Shiro Kuma’s Blog : article « Kansoku To Kankaku »
Traduction en français par l’équipe du Bujinkan France