Karada Gaeshi

karada gaeshi

Le premier cours avec Hatsumi Sensei (NDT : 26/07/2015) m’a paru comme la continuation de mon dernier voyage au Japon, il y a deux mois. C’est devenu une habitude à présent, quand il n’y a pas beaucoup de participants, nous en profitons pour faire des techniques d’armes pendant le cours (Yari et sabre).

Ce cours avait pour point essentiel Karada Gaeshi 体返し. Le corps dévie l’attaque à travers l’arme. La lance ou le sabre deviennent une extension naturelle des mouvements de votre corps. Il n’y a pas d’intention dans votre arme, Uke attaque et vous avancez avec votre sabre devant. L’arme est un bouclier ; porter l’estocade ou couper ne sont pas les objectifs.

Vous ne faites pas une technique, vous ne faites simplement que vous protéger. Vous n’avez pas à faire de techniques puisque vous contrôlez les mouvements de Uke, et également la distance en utilisant votre corps. Le truc ici est d’être suffisamment proche pour éviter d’être attaqué à nouveau, mais aussi d’avoir suffisamment de place pour utiliser la Yari ou le sabre. La juste distance, c’est ce qui importe.

Au mois de mai, Sensei nous avait parlé de Kasumi no Kaeru 霞の反る, c’est-à-dire mettre Uke dans une situation où il a l’impression d’être “dans le brouillard”. Comme vous n’essayez pas de fuir et que vous restez proche de lui, Uke ne peut avoir la bonne distance pour tirer le meilleur parti de son arme.

Sur les techniques de sabre, Sensei a aussi beaucoup insisté sur le fait de ne pas couper mais d’utiliser les poches d’air de Ishitobashi (1) (concept décrit précédemment dans un autre article). Quand vous utilisez un sabre, vous devez comprendre son potentiel. Vous n’avez pas besoin de couper puisque Uke utilise l’armure comme protection. (2)

Quand Uke ne porte pas d’armure, vous devez alors savoir que le sabre coupe par lui-même parce que c’est sa nature même. Je me rappelle ce qu’avait l’habitude de dire mon professeur de Musō Shinden. C’était exactement pareil. « La nature du Katana est de couper, le plus difficile est de savoir l’arrêter » (c.-à-d. ne pas créer une ouverture après le mouvement de coupe). Comme Nagato Sensei l’a dit, il est nécessaire de se protéger en permanence. Cette nécessaire protection est la raison pour laquelle Sensei continue de répéter qu’il faut utiliser le sabre comme un bouclier dans le Bujinkan.

Le sabre de 2015 est l’évolution du sabre de 1996. En 1996, nous avons appris les formes, aujourd’hui nous apprenons la stratégie. Si vous ne parvenez pas à faire correctement les techniques (Omote), alors ce sentiment pur (Ura) pourrait bien vous échapper. Le Biken Waza du Kukishin Ryû et celui du Togakure Ryû sont les fondamentaux de ce que Sensei enseigne actuellement.

L’arme étant un bouclier, alors Karada Gaeshi est la seule réponse logique.

Notes :
(1) 石飛ばし
(2) Rappel : l’armure a été conçue pour protéger les samouraïs de la lance.

Article de Arnaud Cousergue, Bujinkan Dai Shihan

Source : Shiro Kuma’s Blog : article « Karada Gaeshi »
Traduction en français par l’équipe du Bujinkan France