Sanshin : Le corps et l’esprit ne font qu’un

Sanshin Le corps et l’esprit ne font qu’un

En l’an 2009, le thème était 才能魂器 « saino konki » ou « saino Tamashii Utsuwa ». Je viens de me rendre compte aujourd’hui que ce sanshin est en fait l’essence du Tenchijin. Le vrai Sanshin !

Ces trois mots peuvent avoir les significations suivantes : capacité, esprit, récipient. Si nous comprenons aisément la signification de la capacité et de l’esprit, le récipient jusqu’à aujourd’hui s’est limité pour moi à l’espace dans lequel la rencontre a lieu.

Mais qu’en est-il si, en fait, ce Utsuwa définit également le corps. Je pense que les deux (espace et corps) sont corrects, mais ici, je veux m’attarder un peu plus sur cette nouvelle compréhension du corps étant récipient.

Lorsque l’on étudie les arts martiaux, nous concluons souvent par la phrase «le corps et l’esprit ne font qu’un». Si nous supposons que ce «corps/esprit», qui n’est pas la dualité mais l’unité, est en fait l’expression d’un inyo supérieur (yinyang), alors cet inyo peut être le « ten » et le « chi ». Et donc il est assez logique de voir 才能 saino (la capacité) comme «jin», ce qui transforme le saino konki en Sanshin du Tenchijin. Bizarrement (ou pas), c’est le thème que Hatsumi Sensei avait choisi quand il a demandé aux rangs élevés d’enseigner à nouveau le Tenchijin aux nouvelles générations d’étudiants du Bujinkan.

Dans « Demon’s Sermon on the Martial Arts », Issai Chozanshi écrit : « there is no form to principle, and principle’s function manifests itself according to the vessel. If there is no vessel, you will not see the principle » (« il n’y a aucune forme de principe, et la fonction de principe se manifeste selon le récipient. S’il n’y a pas de récipient, vous ne verrez pas le principe. »). Sensei enseigne le mouvement naturel depuis des années et beaucoup d’entre nous sont encore empêtrés dans une vision dualiste de ces techniques. Mais depuis le début, Sensei parle de «principes» et il utilise les «techniques» uniquement pour nous rendre plus facile la compréhension de la véritable essence des arts martiaux.

Chozanshi ajoute plus loin que « when the mind and the form become two, you will be unable to act with freedom » (« quand l’esprit et la forme deviennent deux, vous serez incapable d’agir en toute liberté. »). Et c’est exactement ce qui nous est arrivé à plusieurs reprises.

Le Bujinkan est un art martial supérieur car il nous oblige à unir les deux, notre esprit et notre corps, afin d’être en mesure d’exprimer la vie dans n’importe quelle occasion. Maintenant, et c’est ce que j’ai compris ce matin, quand le «récipient» (corps) est totalement uni à 魂 « Tamashii » (l’âme); quand il n’y a pas de pensée à analyser; lorsque le mélange naturel du corps et de l’esprit est atteint, le vrai 才能 saino (capacité) peut être exprimé sans obstruction.

« Ne pensez pas !« , répète Sensei de temps en temps. Notre processus de réflexion permanente nous tue. Et nous pensons parce que nous n’avons pas forgé le meilleur récipient (corps/esprit) possible. Nous pensons parce que nos corps sont incapables de réagir à la suite d’un manque de travail et de formation.

Le Bujinkan a tous les outils dont nous avons besoin pour exceller. Mais afin d’être en mesure de faire le « pas de forme », nous devons d’abord maîtriser la forme-waza correctement. Chaque waza existe pour une raison, et c’est en le répétant encore et encore, et pendant de nombreuses années, qu’à un moment donné il fait partie de vous-même. Vous ne pensez plus à la forme parce que votre corps/esprit réagit par lui-même.

Mais ces waza sont inutiles si vous n’avez pas de bases solides. Et ces bases ont également été données par Sensei avec le Tenchijin.

Une fois le Tenchijin maîtrisé, une fois les waza absorbés par l’unité corps/esprit, rien ne peut entraver votre liberté d’expression.

Utsuwa (récipient), fusioné intimement avec Tamashii (l’âme), est la raison d’être de notre saino (capacité).

Entrainez-vous dur dans vos bases, entrainez-vous dur dans vos formes et un jour tous les principes seront vôtres. Il n’y a pas de raccourci vers 俊 shû (excellence), cela demande du temps et des efforts.
Le corps et l’esprit étant unis, un 流れ Nagare (flux) est créé, il n’y a pas de pensée 気付き, seulement Kizuki (la conscience).

Corps et esprit unis sont 1.
Sanshin est 1.

Il n’y a plus de pensée parce qu’il n’y a aucune raison de penser car nous surfons naturellement sur la situation.

Article de Arnaud Cousergue, Bujinkan Dai Shihan

source : Shiro Kuma’s Blog : article « Sanshin: Body & Mind Are Unity »
Traduction en français par l’équipe du Bujinkan France