Se protéger en permanence… ou pas

se protéger en permanence

Aujourd’hui, au cours de Nagato Sensei (NDT : 28/05/2015), nous avons fait des variations autour de Teiken (蹄拳) (1) depuis une saisie arrière et Musan (2) (霧散) du Shinden Fudō Ryū. Après avoir revu les formes basiques depuis les Densho, Nagato Sensei en a tiré plusieurs applications. Il déstructurait le mouvement original pour l’adapter à différentes situations. En fait, il m’était évident que chaque Waza est destiné à devenir un monde de possibilités. J’y ai exactement vu aujourd’hui le même “Ri” que celui démontré par Noguchi Sensei (voir l’article « Shuhari : le Gyokko Ryû revisité »).

Nous avons fait beaucoup de variations avec le sabre dans la ceinture, et nous l’avons ajouté au mouvement. Parfois le sabre était dégainé et parfois non.

S’agissant du dégainé en sabre, il a dit que nous devions « appliquer la technique avec le sabre mais de façon naturelle ». Ce n’est pas du Iaidô ! Le Iaidô n’a rien à voir avec le Bujinkan.

Il a dit que nous devions développer nos mouvements de sabre à travers notre Taijutsu. C’est la qualité du Taijutsu qui donne vie à la lame et non le contraire. Voilà pourquoi ce n’est pas du Iaidô. Il a également expliqué que si nous n’avons pas un bon Taijutsu, il est impossible d’avoir la liberté nécessaire pour utiliser un sabre dans un combat réel.

J’ajouterai que les Kata de Iai sont utiles pour développer la manipulation de l’arme, mais ils n’enseignent pas comment survivre en combat. En combat réel, il n’y a pas de “Uke” dès lors que par principe, les deux adversaires sont “Tori”.

J’ai aimé le fait que, en parlant du sabre, il ait dit que nous devions « garder ça secret », en référence à notre façon spécifique de manier le sabre. C’est parfaitement sensé après tout, tous les guerriers doivent avoir un avantage sur leurs ennemis s’ils veulent survivre. Il est donc logique de le garder secret. Le secret est un fondement de la guerre.

Tout du long, ce cours a été très intéressant par de nombreux aspects. Le point central sur lequel a insisté Nagato Sensei est que peu importe la situation, nous devons « être protégé en permanence ». Alors qu’il le disait, son corps empêchait toute contrattaque de Uke. Nagato Sensei contrôlait en permanence les bras de l’attaquant soit en les tenant, soit en les supportant avec son dos.

Le premier objectif de l’entrainement est de se protéger. Mais il faut ajouter que, lorsque vous atteignez un certain niveau, « vous devez laisser parfois un coté du corps non protégé de sorte à pouvoir canaliser les mouvements de Uke ». Quand Uke est dans le combat et qu’il voit une ouverture, il va très certainement chercher à en profiter. Vous devez être tellement bon que vous lui laissez croire qu’il peut gagner. C’est un Kyojutsu (3).

C’est comme l’attaque du village dans le film “Les Sept Samouraïs” de Kurosawa (4). Si vous vous en rappelez, les fermiers laissent la porte du village ouverte pour laisser l’ennemi entrer. Mais ils en ferment la porte après que trois ou quatre d’entre eux soient entrés. Ils les tuent et ouvrent la porte à nouveau pour laisser entrer un nouveau lot de voleurs.

C’est exactement ce que vous devez faire (si vous en avez le niveau). Et c’est pourquoi Nagato Sensei a dit que « le sabre peut être utilisé efficacement si et seulement si vous avez un bon Taijutsu ».

Nagato Sensei a terminé le cours en expliquant que les techniques dans un Ryûha sont très simples. Donc svp, ne les rendez pas complexes. Si vous les trouvez compliqués, c’est peut être que vous n’avez pas (encore) le niveau technique pour comprendre leur simplicité.

Notes :
(1) 蹄 hizume (tei) sabot ; et 拳 ken jeu de mains (par ex. : pierre, papiers, ciseaux)
(2) 霧散 musan : le brouillard qui se disperse
(3) 虚 kyo : manque de préparation; mensonge / 術 jutsu : art ; moyens ; technique
(4) Regarder l’extrait sur Youtube

Article de Arnaud Cousergue, Bujinkan Dai Shihan

Source : Shiro Kuma’s Blog : article « Be Always Protected… Or Not »
Traduction en français par l’équipe du Bujinkan France