Shin Gi Tai Ken Ichi Yotsu

Shin Gi Tai Ken Ichi Yotsu

Pendant des années, Hatsumi Sensei nous a répété que nos mouvements étaient réalisés avec 躯 Karada, le corps. Pour aider les élèves à comprendre cela, nous leur demandons constamment de travailler leur déplacement de jambes. Il y a une raison pédagogique à cela : si nous leur demandons simplement de « bouger leur corps », ils ne sauront pas quoi faire exactement. En leur parlant des jambes, nous les obligeons ainsi à bouger leur corps.

Dans le Ten Chi Jin, on trouve ce concept de « Ken Tai Ichi Jô » traduit par « bouger le corps et l’arme (qu’on soit armé ou non) en ne faisant qu’un ». Hier, Sensei a répété ce concept de « Ken Tai Ichi Jô » pendant son cours.

Bujinkan concept : Shin Gi Tai Ken Ichi Yotsu

Pour moi, cela fait écho à un concept plus complet qu’il nous avait présenté le dimanche précédent. Ce concept nouveau était 心技体剣一四 « Shin Gi Tai Ken Ichi Yotsu ». Pour bien comprendre cela, il vous faut savoir que Sensei nous enseigne en ce moment le Ninja Ken. Dimanche dernier, le cours portait ainsi sur 閃剣 Issen Ken, et hier sur 一刀 投げ Ittō Nage.

« Shingitai » et « Yotsu » sont des concepts empruntés au combat de Sumo (1), qui requiert les mouvements de l’intégralité du corps. En ajoutant le « Ken », Sensei a d’une certaine façon connecté les 3 aspects du Shingitai avec le Ken, transformant le « 3 » en « 4 ».
Par conséquent, le « Ichi Yotsu » est l’unité des (4) Shin Gi Tai Ken.

Une fois que les 4 sont connectés, vous ne faites plus qu’un. Et parce que vous ne faites qu’un, vous devenez zéro. Je sais que cette approche binaire du 実戦 Jissen (le combat réel, le combat véritable) peut sembler un peu étrange pour beaucoup de pratiquants. Mais je peux vous assurer que c’est exactement la sensation que vous avez quand Sensei vous prend comme Uke.

Sensei m’a demandé d’être son Uke à plusieurs reprises le dimanche et le mardi, et à chaque fois qu’il a bloqué mes attaques (Jodan Kiri, Tsuki) avec son sabre, je ne pouvais percevoir aucun mouvement de sabre : à chaque fois, il faisait cela avec son corps. Pour être plus clair, Sensei déviait ou bloquait physiquement mon sabre avec son propre sabre, mais la seule chose que je pouvais ressentir c’était le mouvement de son corps. Il n’y avait ni choc ni force, juste un simple pas qui rendait mes attaques inutiles.

Sensei étant zéro, son sabre était une extension naturelle de son corps. Ses mouvements étaient si naturels qu’aucune intention, aucune manifestation de puissance ne pouvaient être ressenties de mon côté. À chaque fois, c’était comme combattre un fantôme. D’ailleurs, il a évoqué à plusieurs reprises le fait de devenir un fantôme pour son adversaire. C’est « Kage no Shinobu » nous a t-il expliqué plus tard en nous disant que nous devions bouger comme une ombre.

D’un point de vue technique, Issen Ken (le sabre bouge en un éclair) et Ittō Nage (lancer le sabre) étaient réalisés de manière si lisse que je n’avais pas le temps de contrer ses actions. Il n’y avait rien : une seconde j’attaquais, la suivante j’étais mort.

Ce « Ken Tai Ichi Jô », ou plutôt devrais-je dire « Shin Gi Tai Ken Ichi Yotsu », est l’essence même du combat au sabre et la plus pure expression du Shingin Budō, et c’est ici que nous en sommes maintenant au Bujinkan.

Notes :
(1) Sumo :
心技体 – Shingitai : les trois qualités du combat de Sumo : le cœur, la technique, le physique.
四つ相撲 – Yotsu zumo: le combat de Sumo dans lequel les deux lutteurs saisissent la ceinture de l’autre avec leurs deux mains.

Article de Arnaud Cousergue, Bujinkan Dai Shihan

source : Shiro Kuma’s Blog : article « Shin Gi Tai Ken Ichi Yotsu »
Traduction en français par l’équipe du Bujinkan France