Shuhari : le Gyokko Ryû revisité

shuhari

Nous étions seulement 8 au cours de mercredi de Noguchi Sensei (NDT : cours du 27/05/2015). Quel luxe !
Comme toujours avec lui, nous sommes allés vite, tellement vite que j’en ai été perdu, comme d’habitude. Ma confusion ne venait pas des techniques que nous avons vues (c’était le premier et le second niveau du Gyokko Ryû), mais de la façon dont il a déroulé ces techniques.
Tout était différent et pourtant identique. Son interprétation était basée sur l’essence de chaque Waza, il a montré ces Waza avec un feeling si différent que c’était comme étudier le Ura Gata du Gyokko Ryû.

Mon partenaire américain et moi-même nous sentions comme des débutants, incapables de trouver dans ces techniques supposément bien connues les Waza habituels. Par exemple, nous avons fait Dashin avec une attaque de face et de côté ; Dan Shu et Dan Shi ont été vues avec tant de liberté qu’elles semblaient être d’autres techniques.

Noguchi Sensei nous enseignait comment obtenir le Shu Ha Ri (守破離). (1)

Shu Ha Ri est le but de la vie :
– Grossièrement traduit, Shu Ha Ri signifie : “en premier apprendre, puis se détacher et finalement transcender”.
– Shu (守?) : “protéger”, “obéir” / sagesse traditionnelle / apprendre les fondamentaux, techniques, heuristiques, proverbes.
– Ha (破?) : “Détacher”, “faire une digression” / rompre avec la tradition / détachement de l’illusion de soi.
Ri (離?) : “Quitter”, “séparer” / transcendance / il n’y a pas de techniques ou de proverbes, tous les mouvements sont naturels, devenant un avec l’esprit seul sans s’accrocher à la forme, transcendant le physique. (2)

Shuhari est le vrai Tenchijin.

Souvent les gens me demandent pourquoi je continue à m’entrainer au Japon. Ma réponse est toujours la même : j’y vais pour approfondir mes présumées connaissances. Les grades sont une chose, mais il y a un fossé énorme entre nos capacités à faire le Waza basique (Chi) et le fait d’en adapter l’essence à une nouvelle réalité (Ten).

« The sky is the limit » dit le proverbe mais nous restons souvent au niveau du sol. Nous répétons des formes sans vie et n’autorisons pas nos corps à en dévier.

C’est le Ten contre le Chi. Mais il y a bien plus que parvenir au niveau Ten, il y a le niveau Jin. Et il n’est possible d’apprendre le Jin qu’en s’entrainant ici avec un Dai Shihan Japonais et avec Sensei. Si parfois nous parvenons à atteindre le Ten, nous manquons encore le Jin.

Ce que nous avons fait hier était un ensemble de techniques inspiré par les Dieux : une approche “Jin” du Gyokko Ryû. Et c’est pourquoi il faut venir au Japon tous les ans (au moins). Le grade n’est pas une preuve d’expertise. Les Dai Shihan Japonais sont des experts. Ils s’entrainent depuis près de 50 ans, et ils ont tellement affiné leur compréhension que la technique n’existe plus, ils ont atteint le Ri où ne reste que le flow.

Quand Sensei nous dit de nous détendre et de ne pas chercher à faire une technique qui finirait par nous tuer, cela prend tout son sens. Nous devons suivre la voie du Tenchijin / Shuhari et continuer à apprendre. Il n’y a pas de fin.

Keep going!

Notes :
(1) 守破離/shuhari/Shuhari ; les trois étapes d’apprentissage de la maitrise : les fondamentaux, rompre avec les traditions
(2) Shuhari – Page Wikipedia (EN)

Article de Arnaud Cousergue, Bujinkan Dai Shihan

Source : Shiro Kuma’s Blog : article « Shuhari: Gyokko Ryû Revisited »
Traduction en français par l’équipe du Bujinkan France