Shuhari et Noguchi

shuhari noguchi

Après la forte chaleur de la journée, le cours de Noguchi Sensei a été rafraîchissant. Son enthousiasme et sa créativité sont toujours incroyables et chaque cours de Noguchi Sensei est comme une découverte pour moi. La nuit dernière (NDT : 29/07/2015), je faisais les techniques du Kotō Ryû avec Noguchi Sensei pour la vingtième fois peut-être, mais c’était comme les faire pour la première fois.

Comme à chaque fois, j’ai eu l’impression d’avoir la mémoire d’un poisson rouge pendant que je m’entrainais, bien que je me sois longuement entrainé avec lui pendant plus de 20 ans.

Laissez-moi vous expliquer. Pendant le premier Taikai à Paris, Hatsumi Sensei m’a promu 10e Dan et quelques mois plus tard, je suis allé au Japon pour le Daikomyōsai. Un après midi, alors que l’on était chez lui, Sensei m’a dit : « Aruno San, à partir de maintenant, tu t’entraineras seulement avec moi et Noguchi San ».

En bon soldat, j’ai obéi sans poser de question.

Pendant mes jeunes années de “Padawan”, mon penchant naturel me poussait plutôt vers l’approche plus en puissance du Taijutsu de Nagato Sensei. Le Taijustsu de Noguchi Sensei ne comprend pas de frappes mais seulement du déplacement. La seule douleur que j’ai ressentie pensant ses cours était mentale. Mais comme je l’ai dit, j’ai obéi au Boss.

À cette période, il n’y avait pas de Honbu Dōjō, j’ai donc passé énormément de temps avec Sensei, chez lui, à regarder des vidéos, des rouleaux, des images, et à parler avec lui.

Quand le premier Honbu a ouvert ses portes en octobre 1997, Sensei m’a autorisé à m’entrainer avec les Shi Tennō donnant cours au Honbu. C’est alors que j’ai découvert le Taijutsu de Senō Sensei, Nagato Sensei et Oguri Sensei. Mais mon Taijutsu avait déjà été singulièrement influencé par Noguchi Sensei. Dans un sens, je peux dire que je suis un élève de Noguchi.

Je suis allé au Japon une cinquantaine de fois depuis novembre 1993. Avec Noguchi Sensei, nous avons vu toutes les écoles dont notamment le Kotō Ryû à plusieurs reprises. Et hier, j’étais perdu, comme à chaque fois avec lui.

Nous connaissons tous Shuhari. (1) (voir à ce sujet, l’article “Shuhari : le Gyokkō Ryû revisité”)

Le cours de hier relevait clairement du “Ri” tant Noguchi recréait une nouvelle technique en s’affranchissant de la technique originale. L’essence de chaque Waza était bien là, mais la forme initiale ne l’était plus.

L’excellence ne consiste pas dans le fait de mémoriser des techniques mécaniques. Il s’agit de l’habileté à créer quelque chose de nouveau en dehors des techniques que vous connaissez déjà.

Hier soir, il m’a encore impressionné. Nous avons fait : Katamaki, Batsugi, Settō, Tenchi, et beaucoup d’autres. Mais le “Ri” avec laquelle il les faisait m’a totalement perdu après 5 minutes. Mon excellent ami et partenaire au cours d’hier soir, Mundo de Mexico, peut le confirmer.

J’ai appris beaucoup de choses pendant ce cours mais honnêtement je ne peux en expliquer les mouvements dont l’apprentissage s’est fait par le corps et non par la mémoire. Quand vous allez vous entrainer au Japon, même si vous êtes un Dai Shihan, vous devez être humble et être capable de redevenir un élève.

Le Bujinkan est un art, pas un sport et notre art relève du ressenti et de la connexion, et non pas de Waza et de force. Les Waza sont là pour être détruits dans le processus Shuhari.

P.S. : J’ai adoré le Kotō Ryû version 20.7 !

Notes :
(1) 守破離/しゅはり/Shuhari ; trois étapes d’apprentissage vers la maîtrise : les fondamentaux, la rupture avec les traditions, se défaire de la sagesse traditionnelle.

Article de Arnaud Cousergue, Bujinkan Dai Shihan

Source : Shiro Kuma’s Blog : article « Shuhari And Noguchi »
Traduction en français par l’équipe du Bujinkan France