Comprendre le Tachi

tachi

Le Tachi n’est pas un Katana, et par conséquent il ne doit pas être utilisé de la même manière.

Hatsumi Sensei nous a expliqué que nous devions d’abord comprendre l’évolution du combat armé dans le Japon féodal, et ce afin de pouvoir adapter nos techniques au monde moderne.

Il a surtout fait référence au Goshin :
1. le Ken chinois en premier,
2. puis le Tachi,
3. puis le Ju (fusil),
4. puis le Katana,
5. et le canon enfin.
Ce sont là les 5 esprits du combat armé.

Quand vous regardez cette liste de périodes, vous pouvez réellement les dater.
Ainsi, le Ken chinois a précédé l’ère Muromachi.
L’ère Muromachi est associée principalement au Tachi.
Puis, avec Sengoku Jidai, les règles ont changé avec l’utilisation massive (par Nobunaga et ses successeurs) du fusil (teppō – arme à mousquet) jusqu’à l’ère Tokugawa/Edo.
C’est seulement une fois que la paix est établie et maintenue que le Katana commence à être largement utilisé par les Samouraïs.

Les périodes Muromachi et Azuchi-Momoyama furent des époques de guerres permanentes.
Les Samouraïs portaient leur Yoroi (armure) quotidiennement, et le recours à une arme plus lourde, telle que le Tachi, était requis.
Le Sengoku Jidai introduisit le fusil, et dès lors le Yoroi n’était plus l’équipement le plus sûr. Un jour, Hatsumi Sensei me montra chez lui un casque ayant appartenu à un garde personnel d’un Shogun. Bien que ce très ancien casque fut en assez mauvais état, Sensei pointa du doigt un impact de la taille d’une balle de mousquet (approximativement la taille d’une bille à jouer). Le casque n’était pas transpercé mais on peut supposer que son ancien propriétaire avait dû avoir un sacré mal de crâne après ça.

L’introduction du teppō (mousquet) dans le combat armé a créé un changement majeur dans l’expérience du champ de bataille. Cela a dû être douloureux pour les Samouraïs de découvrir que leurs techniques n’étaient plus efficaces après l’introduction des fusils. Au final, c’est ainsi que Nobunaga, Hideyoshi et Tokugawa sont parvenus à imposer l’unification.

Quand l’ère Tokugawa débuta, il n’y avait plus d’importants combats, et le Yoroi fut abandonné. La fin des champs de bataille signifiait la fin de l’utilité du Yoroi.
Ce fut le début de la période Katana, pendant laquelle les compétences en coupe furent développées (battōdō). S’ensuivit la période Meiji (1868) et l’utilisation des canons lourds, le 5ème changement majeur en artillerie.

Connaissant cette chronologie, il devient alors plus aisé de comprendre que le Tachi et le Katana, ayant été utilisés lors de 2 périodes bien distinctes, ont des applications pratiques très différentes.

Quelques conseils et infos à retenir lorsque vous utilisez le Tachi :

1. Le Tachi est un bouclier et le Yoroi est une arme.
Utilisez le Tachi davantage comme un bâton, plutôt qu’un sabre.
C’est la raison notamment pour laquelle vous pouvez faire basculer la lame d’une main à l’autre, de la même manière que lorsque vous utilisez un hanbō.

2. Le Tachi étant porté la lame tranchante vers le bas, Hontai Nuki Gata est la seule manière logique de le dégainer.

3. Le Tate Nuki Gata ne signifie pas ici “vertical” comme en japonais moderne, mais plutôt “protection” comme dans sa signification plus ancienne.

4. Le Koshiate (holster qui pend de la ceinture à la cuisse) permettait au Samouraï d’avoir une plus grande liberté de mouvement. (1)

5. Comme le Tachi est tenu Katate (à une main), l’autre main est amenée à porter la Yari.
Dans ce cas de figure, la Yari devient alors le bouclier, et le Tachi est l’arme.

Lors de vos entrainements avec le Tachi, ne l’utilisez pas svp comme si c’était juste un gros Katana.
Avec l’année du Tachi Kumiuchi (NDT : en 2010, année de publication de cet article dans sa version originale), vous étudiez désormais une toute nouvelle manière de combattre.

Comme Hatsumi Sensei le disait : « Les vrais Maîtres de sabre sont les Maîtres de Tachi. Le Samouraï qui utilisait le Katana, le faisait parce qu’il ne comprenait pas le Tachi ».

Notes :
(1) Pour voir des représentations de différents Koshiate, regardez dans le “Japanese Sword Fighting: Secrets of the Samurai / L’Art du Combat des Samouraïs” de Hatsumi Sensei (page 19 de l’édition en anglais).

Article de Arnaud Cousergue, Bujinkan Dai Shihan

Source : Shiro Kuma’s Blog : article « Tachi tips & tricks (2) »
Traduction en français par l’équipe du Bujinkan France

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