Victoire : un nouveau Kuki Taishô

Victoire un nouveau Kuki Taishô

Nous ne nous entrainons pas dans le Bujinkan « pour gagner, mais pour ne pas perdre » répète Hatsumi Sensei. Ceux qui s’entrainent pour gagner et/ou pour éviter de perdre, passent à côté de la beauté des enseignements de Sensei. La victoire est obtenue en rejetant cette dualité.

Ce gagnant/perdant est inyo. Il n’y a pas de victoire en gagnant et il n’y a aucune défaite en perdant (tant que vous n’êtes pas mort). Ce concept de « gagner ou perdre » est appelé 伸るか反るか, norukasoruka en japonais. Curieusement, il a aussi le sens de « marche ou crève » ou « faire ou défaire ». Une fois de plus, les schémas conceptuels liés à un terme japonais sont pleins de sagesse. Si vous ne nagez pas, vous coulez.

Mais Sensei ne suit pas cette habituelle interprétation dualiste quand il dit « nous ne cherchons pas à gagner, mais nous essayons de ne pas perdre ». Comme s’il y avait une autre façon d’aborder ce problème d’inyo ; en disant et en enseignant que Sensei est plus proche de ce que le célèbre Maître Zen Takuan écrivait dans « The Unfettered Mind » (« L’Esprit Absolu »):
« Vraisemblablement, comme un artiste martial, je ne me bats pas pour le gain ou la perte, je ne m’occupe pas de la force ou de la faiblesse, pas plus que je ne m’occupe d’avancer ni de reculer d’une pas. L’ennemi ne me voit pas. Je ne vois pas l’ennemi. En pénétrant dans un endroit où le ciel et la terre ne sont pas encore divisés, où le Ying et le Yang ne sont pas encore arrivés, je gagne rapidement et nécessairement en vigueur ».

Cette vision de la lutte est beaucoup plus forte que 伸るか反るか qui incarne une opposition. Quand vous êtes pris dans une bagarre, la seule chose qui importe est de savoir comment survivre, ce n’est jamais une question de gagner. Lorsque vous êtes dans l’état d’esprit de « gagner », alors vous perdez la liberté d’adapter vos mouvements à la situation. La réaction est la meilleure façon de rester en vie. Lorsque vous mettez toute votre force pour essayer de gagner, vous vous coupez du mouvement naturel et par conséquent vous créez les causes de votre chute.

Lorsque nous avons commencé l’étude de sanjigen no sekai en 2003, Nagato Sensei a dit que quand vous pensez à la technique, vous pouvez être lu par votre adversaire. Faire les mouvements naturellement sans y penser. C’est l’esprit de Juppô Sesshô.

Juppô Sesshô est la véritable essence de notre formation et si « vous pensez à une technique spécifique ou à qu’il faut faire avec votre arme, vous perdez Juppo Sesshō », a déclaré Hatsumi Sensei. Et il a ajouté que « si vous vous considérez comme un Tenkan (pivot), alors tout autour de vous, c’est le monde de Juppô Sesshô ».

Être au milieu de tout, c’est être en dehors du concept dualiste de victoire/défaite. En essayant simplement de « ne pas perdre » nous avons une meilleure chance de survivre.
Parce que vous ne bloquez pas votre cerveau et que vous réagissez simplement en fonction de l’attaquant, Ûke ne peut pas lire vos intentions. Tout tourne autour de votre Tenkan et votre jeu de jambes révèle la réponse.

Si vous ne pouvez pas comprendre cela, alors peut-être devriez-vous cesser de vous considérer comme un guerrier. Un vrai guerrier ne se bat pas, un vrai guerrier n’est là que pour éviter que le combat ne commence. Le système, et la philosophie, du Bujinkan est en réalité un art martial de maintien de la paix. Muscles, force, puissance sont inutiles pour celui qui peut voir le résultat avec 九鬼大笑 kuki taishô (thème bujinkan 2007), aucune crainte, comme le neuvième démon à la porte nord-est du temple.

Cette attitude de non combat où il n’y a pas d’ennemi (cf. Takuan) regroupe 茎大胜 kukistaishô, la « racine (base) pour une grande victoire ».

La victoire est la vôtre parce que vous n’essayez pas de gagner.

Article de Arnaud Cousergue, Bujinkan Dai Shihan

source : Shiro Kuma’s Blog : article « Victory: A New Kuki Taishô »
Traduction en français par l’équipe du Bujinkan France